La grande distribution s'empare de la bio

Dernière mise à jour : 5 janv.



 
La lettre du Château Lagarette n°2

Novembre 2021
 

« Les marchands se sont emparés de l’esprit du bio. »

Reprise et aménagements, d'un énoncé qui fut le nôtre dans notre film " L'esprit du vin , le réveil des terroirs" en 2011 Première phrase du commentaire, présentant ce film, « Les marchands se sont emparés de l’esprit du vin ». La formule a fait sursauté, producteurs, négociants et / ou journalistes. Peu importe. Que voulions nous dire ? qu’il y a "risque et danger" lorsque un art du faire, une manière de fabriquer ou de produire, se construit, se définit, à partir de ce que le marchand propose à ses clients. Précisons : il ne s’agit pas de ce que demande le client au marchand, mais de ce que le marchand pense qu’il est souhaitable de proposer aux clients.


Le temps a passé. Dix ans !


Début novembre 2020, cette grande surface "la société Carrefour" vient de s’approprier en toute légitimité, un réseau de vente de produits bio, dénommé « Bio c’ Bon ». Une centaine de magasins, plus d’un millier de collaborateurs.


Depuis 2019, la société Carrefour s’intéresse au bio. Elle a senti, ressenti et enfin reconnu que « des produits propres et sains intéressent ses clients ».


Il est déjà loin le temps, où l’on assimilait le bio, à un mode de consommation marginale, voire militant, et/ou l’on considérait, avec les bien-pensants que les "bio" voulaient nous ramener au temps de la bougie.


Cf : certains propos récents du Président de la République, Emmanuel Macron.


Aujourd’hui le bio fait tendance. La bonne marge, celle qui va se consolider, se déployer pendant quelques années, se trouve dans les espaces bio. Par ailleurs, les classes moyennes « plus » ont déserté, ces dernières années, les grandes surfaces. Les chariots, les caddies, n’ont pas cessé de se remplir, mais pas avec les mêmes produits et avec les mêmes marges. Il fallait donc pour Carrefour, changer de stratégie, et prendre place dans ce marché émergeant et de bonne rentabilité.


Soit ! Il en est ainsi ! Nous n’allons pas à nouveau raconter notre histoire de « vignerons de retour » sur les terres de leurs ancêtres. Nous sommes en bio depuis plus de 20 ans. Nous produisons un vin connu et reconnu pour ses qualités et son respect des "manières de faire" traditionnelles.


La question que nous nous posons aujourd’hui est à peu près la suivante :


« Comment agir et réagir face à ces avancées de la grande distribution sur le terrain du bio ? »


Nos distributeurs et amis, le réseau Biocoop créé en 1986 ( groupements de coopératives d'acheteurs militants ) dispose aujourd'hui de plus de 500 magasins indépendants, sur le territoire national.


Leurs règles et leurs choix nous conviennent.


Mais cela ne suffit pas, pour avancer et bâtir une réponse à la grande distribution. Il ne suffit pas de dire "nous préférons le réseau Biocoop". Confrontation stérile, et qui risque de ne pas être comprise. Non l’important c’est de voir et de concevoir les services que nous producteurs, avec nos réseaux, vendeurs, clients et amis, pouvons apporter en plus à nos clients. Parce que, soucieux de convivialité, respectueux de valeurs authentiques, respectueux des traditions alimentaires, attentifs et très présents, sur les accompagnements possibles, des modifications, des comportements, entraînés par la pandémie, etc.


Il nous faut prendre le temps de cette réflexion. Sans trop traîner et nous préparer à l’action ! Comment pouvons-nous lier l’activité économique bio avec l’éducation , la culture, les formes de convivialités ordinaires qui sont aujourd’hui modifiées par le confinement. Sur tout cela, nous nous sommes déjà avancés. Et nos propositions ont déjà pris formes. Elles seront bientôt rendues publiques.


Ce que nous voulons dire ici, et souligner, c’est que l’arrivée massive du groupe Carrefour sur le marché du bio n’est pas un simple problème économique. Cela pose un problème culturel et un choix de vie …


Risquons nous : "Un problème civilisationnel" !


Cette appropriation légale par le groupe Carrefour du réseau « Bio c’ Bon » doit être comprise, lue et interprétée, dans son contexte : reniements politiques des règles et dispositifs législatifs sur l’usage des pesticides, affaiblissements de la démocratie représentative, attentats contre nos manières de vivre, et les valeurs qui sont celles de la République, etc.


Dans le présent qui est le nôtre, les choix alimentaires sont pour nous identitaires.. De fait, ils impliquent le respect des vivants, et de ce que l’on appelle communément « la nature ». Ce ne sont pas des choix neutres.


Nous ne pouvons laisser ces choix dans les mains de la grande distribution.


A suivre...


chateaulagarette@orange.fr


yvonminvielle.thesee@orange.fr


chateaulagarette.blogspot.com

 

Yvon Minvielle Sociologue Anthropologue. Viticulteur biodynamie. Editeur. Travaille aujourd’hui sur les Savoirs d’Expériences. yvonminvielle.thesee@orange.fr - tel : 06 03 46 30 60


Olympe Minvielle, Cinéaste, Vigneronne en biodynamie. " Pour nous, il était important de retrouver le goût du vin de Bordeaux !" olympeminvielle@orange.fr - tel : 06 14 13 89 66

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